mardi 15 mai 2007

Petite chronique de la censure au quotidien

- Le 15 mai 2006: "Le Monde des idées", réalisée en partenariat avec quotidien Le Monde, a été supprimé des grilles de LCI, après la publication d'un article dans le quotidien qualifiant la chaîne d'"annexe de l'UMP". Dans son édition datée du mardi 8 mai 2007, parue au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, Le Monde a publié un article sur la soirée électorale à la télévision. "Du côté d'Europe 1 aussi, les invités se font plus rares que le 22 avril (...). 'Je file à LCI', lance dans les couloirs l'un des invités. 'Je fais les deux annexes de l'UMP'", pouvait-on lire dans l'article. LCI "réprouve ces méthodes" du fait que ces citations ne "sont pas sourcées", a-t-on expliqué à la chaîne.

LCI est une filliale de TF1, propriété de Martin Bouygues, ami personnel de Nicolas Sarkozy. (nouvelobs.com)

- Le 13 mai 2007, le Journal du Dimanche (JDD) censure un article révélant que Cécilia Sarkozy n'avait pas voté au second tour de l'élection présidentielle (rue89). Le JDD est une propriété de Arnaud Lagardère, ami personnel de Nicolas Sarkozy.

Dans son numéro du 16 mai 2007, Le Canard Enchaîné revient sur cette affaire et rapporte l'échange téléphonique qui a eu lieu entre Arnaud Lagardère et Jacques Espérandieu."Cécilia ne va pas très fort en ce moment, elle va très mal prendre cet article, il ne faut pas le passer", aurait dit Arnaud Lagardère. (nouvelobs.com)

- En juin 2006, la rédaction de Paris-Match, propriété de Aranud Lagardère, avait fait la première grève de son histoire pour dénoncer l'éviction pour "raisons politiques" du directeur de la rédaction, Alain Genestar, après une couverture du magazine consacrée à Cécilia avec un homme présenté comme son compagnon.

Paris-Match est une propriété de Arnaud Lagardère, ami personnel de Nicolas Sarkozy.

Voir aussi

- Le dossier "Medias et Pouvoir" de nouvelobs.com

lundi 14 mai 2007

Etat de disgrâce

Le 10 mai 2007, Alain Finkielkraut, a publié dans le monde cette tribune probablement inspirée par des amours déçues et intitulée "L'état de disgrâce"
"On ne peut pas se réclamer du général de Gaulle et se comporter comme Silvio Berlusconi. On ne peut pas en appeler à Michelet, à Péguy, à Malraux et barboter dans le mauvais goût d'une quelconque célébrité de la jet-set ou du show-biz. On ne peut pas prononcer des odes à l'Etat impartial et inaugurer son mandat en acceptant les très dispendieuses faveurs d'un magnat des affaires.

Contrairement à ce qu'il avait annoncé sur un ton grave, Nicolas Sarkozy ne s'est pas retiré du monde pour habiter la fonction présidentielle : entre le Fouquet's, Falcon et palace flottant, il a oublié qu'il venait d'être élu président de la République. Il avait peut-être ses raisons que la raison ignore. Espérons cependant qu'il s'en souviendra, une fois de retour sur le plancher des vaches, et qu'il saura, comme il l'avait promis dans des discours de très haute tenue, incarner la France. Pendant trois jours, il nous a fait honte. "

jeudi 10 mai 2007

Le surintendant Fouquet's

Rien d'étonnant à ce que le premier geste du président Nicolas Sarkozy fut de se ruer au restaurant Fouquet's, haut lieu du Showbiz et ancienne cantine de Marcel Francisci, roi des casinotiers.

Son directeur, Dominique Desseigne, est aussi "un ami de Nicolas". Il est aussi le patron du groupe Barrière, dont les hôtels, notamment celui de la Baule, sont fréquemment visités par le ministre de l'intérieur.

Or, les casinos Barrière se sont vus renouveler toutes leurs licences, et celui d’Enghien en a reçu une nouvelle, celle qui permet l’utilisation des roulettes. Et ce casino est mythique car il est le plus proche de Paris, dont les seuls espaces de jeux sont les cercles de jeux, proche traditionnellement de la haute pègre parisienne.

Il ya 3 ans, le rôle des amitiés pipole du ministre de l'intérieur avait été évoqué à propos de l'autorisation de la boite de nuit l'Amnesia de son ami Johnny Halliday. L'actionnariat par des sociétés-écrans de paradis fiscaux caraïbes, le voisinage des frères Lantieri, honorable famille de Bonifacio propriétaire de l'Amnesia de Miami, auraient pu suffire à faire refuser cette autorisation.

Références

- Fouquet's party, bakchich.info, 7 mai 2007

- Un perroquet conseille de l'intérieur, bakchich.info, 7 mai 2007

Carignon, le retour programmé

L'ex-maire de Grenoble et actuel président de l'UMP Isère, Alain Carignon, 55 ans, a annoncé qu'il se présenterait en 2008 aux élections municipales à Grenoble, "dans l'espoir de reconquérir la ville", dans un entretien publié mercredi par le quotidien le Dauphiné Libéré.

L'ancien ministre a été choisi par la commission nationale de l'UMP pour se présenter aux législatives dans la première circonscription de l'Isère.

Sa candidature est cependant contestée par le député sortant Richard Cazenave (UMP), autre mis à examen célèbre. Il a annoncé sa décision de se représenter malgré le vote des militants de cette circonscription qui se sontprononcés à une large majorité pour M. Carignon, en novembre 2006.

M. Carignon a vu sa fulgurante ascension politique interrompue par la justice. Interpellé peu après avoir démissionné de son poste de ministre, mais alors qu'il détenait toujours plusieurs mandats, il a été reconnu coupable de "corruption et abus de biens sociaux" en 1996, condamné à 29 mois de prison et écroué. Il a retrouvé ses droits civils et civiques, dont il avait été privé, en 2002. Il est devenu en 2003 le président de l'UMP en Isère.

Mon ami Hariri

Une autre illustration des liaisons dangereuses entre le RPR-UMP et les milieux d'affaires, le copinage sulfureux de Jacques Chirac avec Rafic Hariri.

Jacques et Bernadette Chirac vont en effet s'installer dans un duplex de 180 m2, situé en face du musée du Louvre, dans l'un des quartiers les plus luxueux de la capitale, mis à leur disposition par la famille de Rafic Hariri, ancien Premier ministre du Liban assassiné en 2005. Il s'agit d'un prêt à titre «très provisoire, le temps de trouver un domicile définitif».

Une longue amitié

Les deux hommes se sont liés d'amitié au milieu des années 80. Le premier n'est encore que maire de Paris mais déjà obsédé par la présidence de la République ; le second, milliardaire ayant prospéré dans le BTP en Arabie Saoudite, n'envisage pas encore de diriger son pays d'origine.

Financement de campagne électorale

Didier Schuller, ancien directeur de l'office HLM des Hauts-de-Seine, s'y est risqué en 2002, de retour de sa cavale aux Bahamas. Il affirmait ainsi que des sociétés de construction du groupe Hariri, de Bouygues et de la SAE auraient, entre 1992 et 1994, versé six millions de francs en vue de financer les campagnes électorales du RPR.

Après audition de dirigeants niant toute remise de fonds, la justice a décrété un non-lieu sur ce volet particulier de l'affaire Schuller, tout en remarquant au passage que Rafic Hariri avait payé quelques encarts publicitaires dans le journal de campagne de l'ex-dirigeant de l'office HLM, Le Clichois. (Voir l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine)

Le compte de l'Arab Bank

Pendant les instructions laborieuses du juge Eric Halphen de la fin des années 90, on parla beaucoup d'un compte supposé du RPR à l'Arab Bank, dont l'actionnaire principal était Rafic Hariri. Dans les années 1990, un corbeau a tenté à plusieurs reprises d'orienter l'enquête de juge Eric Halphen sur des comptes occultes que le RPR de Jacques Chirac auraient détenus à l'Arab Bank.

L'attribution contestée de la CGM-CMA aux frères Saadé

La CGM, compagnie générale maritime, est privatisée en 1997 par le gouvernement d'Alain Juppé au profit de la CMA, contrôlée par les fréeres Saadé (Jacques Saadé et Johnny Saadé).

Les deux frères d'origine libanaise se disputent devant les tribunaux français pour le contrôle du nouvel ensemble CMA-CGM.

En 2000, une perquisition dans les ministères exhume des notes confidentielles dans lesquelles «le président de la République signale sa préférence» en faveur de la CMA. C'est la première fois qu'une privatisation risque de dégénérer en procès pour favoritisme.

Venant au secours de Chirac, Rafic Hariri intervient en juge de paix et les frères Saadé sont enfermés dans un bureau du procureur de Beyrouth avec obligation de trouver un accord. 40 millions de dollars sont versés par Jacques à Johnny.

La continuité dans le changement

Saad Hariri, fils de Rafiq Hariri, a été l’un des premiers à féliciter le nouveau président de la République. Proche de Chirac, il a été fait chevalier de la Légion d’honneur il y a quelques mois.

Références

- Chirac trouve un point de chute à Paris chez la famille Hariri, Libération, 27 avril 2007

Pompidou, le retour...

Dans les profils de Président, Nicolas Sarkozy s'inscrit plutôt dans le profil finance-showbiz de Pompidou.

Banquie d'affaires chez les Rotchild, Georges Pompidou, fut l'intime du père de Vincent Bolloré, Michel Bolloré. Il aimait à fréquenter les Bolloré et naviguer sur leur yacht amarré à Saint-Tropez.

Les austères gaullistes furent assez enervés par les manières de jet-setters et les fêtes de Saint-Tropez. Ce probablement ce qui inspira et rendit crédible l'épouvantable affaire Markovic qui fit de Georges Pompidou un homme brisé et dont il poursuivit toute sa vie la vengeance froide...

mardi 8 mai 2007

La "France qui se lève tôt".

Les relations entre le grand patronat et les gouvernements représentent un enjeu politique de premier plan. Après Martin Bouygues, Arnaud Lagardère, François Pinault, nous découvrons les liens entre Nicolas Sarkozy et Vincent Bolloré, également très présent dans le monde des médias.

M. Bolloré a affirmé le 9 mai 2007 qu'il n’avait "jamais eu aucune relation commerciale avec l’Etat français". Nicolas Sarkozy a indiqué de son côté que "Vincent Bolloré est un des grands industriels français. Il n'a jamais travaillé avec l'Etat. Il fait honneur à l'économie française".

SDV

Hélas, SDV, la filiale logistique du groupe Bolloré, a obtenu le 10 août 2006 l'attribution du marché du "traitement de la valise diplomatique fret" par le ministère des Affaires étrangères, selon l'annonce numéro 368 publiée le 06 novembre 2006 dans le Bulletin officiel des annonces de marchés publics (BOAMP) 050 C. La valeur totale estimée de ce marché est comprise entre 1,4 million d'euros et 5,6 millions d'euros, hors taxes, pour "une durée de 48 mois à compter de la notification du marché".

SDV s'est également vu attribuer le 17 juin 2005 un marché de "transport de fret par voie aérienne commerciale à la demande et pour le compte du ministère de la Défense", d'une valeur estimée à 36 millions d'euros, hors taxes, peut-on lire dans l'annonce numéro 907 publiée le 26 septembre 2005 dans le BOAMP 041 C. Le contrat est lui aussi d'une durée de 48 mois.

Par ailleurs, selon l'annonce numéro 357 publiée le 15 janvier 2007 dans le BOAMP 003C, le groupe Bolloré a obtenu le 11 décembre 2006 du ministère de l'Intérieur un marché de "mise en place de locaux de sûreté modulaires à l'hôtel de police de Grenoble" d'un montant hors taxe de 342.329 euros.

Catastrophe symbolique

Au delà de la catastrophe symbolique du jet privé et du méga-yacht, tout cela augure mal de l'indépendance de Nicolas Sarkozy vis à vis des puissances d'argent.

Références

- Bolloré, un financier avec qui copiner, Libération, 10 mai 2007

- Le groupe Bolloré s'est bien vu attribuer récemment des marchés publics, la Tribune de Genève, 10 mai 2007